Pour la journée mondiale des travailleuses et travailleurs du sexe ce 2 juin dernier, nous vous proposons de partir aujourd’hui à Sydney, en Australie, où en 1995 a été érigée la première statue dans le monde leur rendant hommage. Joy, de son nom, avait à l’époque suscité une vive controverse et avait fini par être déboulonnée deux ans plus tard. Mais après quatre ans de campagne, menée par une militante défendant la cause des travailleuses du sexe et par une historienne, Joy a fait son retour à Darlinghurst, l’ancien quartier rouge de Sydney. Reportage.
De notre correspondant à Sydney,
Appuyée contre l'entrebâillement d’une porte, elle observe les allées et venues dans la rue, tandis que sa mini-jupe laisse apparaître de longues jambes croisées. Elle, c’est Joy. Une statue en bronze représentant une travailleuse du sexe, qui après avoir passé près de trente ans dans la réserve d’une université, a retrouvé il y a quelques mois son piédestal, à l’angle de deux rues dans le quartier de Darlinghurst, à Sydney.
« Joy représente une forme de travail du sexe qu’on appelait "les portes". Vous voyez comment elle se tient dans l’encadrement d’une porte ? Toutes ces maisons alignées que vous voyez autour, c’est là que nous, les travailleuses du sexe, on vivait et on bossait. On se tenait devant ces portes. Mais ça, c’était avant les téléphones portables et Internet », témoigne Julie Bates, une ancienne travailleuse du sexe, une ancienne propriétaire de maison close. Et surtout, une militante acharnée de la défense des droits des travailleurs du sexe. C’est elle qui a plaidé pendant quatre ans pour le retour de Joy et elle en est très fière. « C’est une chose magnifique, elle est la cerise sur mon gâteau de militante ! »
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« Les travailleurs du sexe ont sauvé des vies »
Parce que Joy, dans sa première version, avait été installée en 1995. Il s’agissait alors d’une première mondiale, coïncidant avec la dépénalisation totale du travail du sexe en Nouvelle-Galles du Sud. Une initiative qui, comme le souligne l’historienne Catherine Freyne, visait également à saluer le rôle joué par ce secteur dans la promotion de l’usage du préservatif. « Quand les maisons closes ont été dépénalisées, dans le milieu des années 1990, c’était aussi le moment où le sida arrivait et d’un formidable militantisme, de la part de Julie et de ses collègues pour faire en sorte que la transmission du VIH ne passe pas par les maisons closes. »
Un accomplissement qui remplit de fierté Julie. « Les travailleurs du sexe ont sauvé des vies. Nous sommes les héros de la prévention de cette épidémie et jusqu’à aujourd’hui encore, il n’y a pas eu un seul cas de transmission du VIH entre une travailleuse du sexe et un client », raconte Julie Bates.
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Raconter l’histoire du mouvement pour les droits des travailleurs du sexe
Mais à l’époque, une partie de la société n’était pas prête à l’entendre. Après de nombreuses protestations, Joy finira par être déboulonnée en 1997, avant de faire son retour fin 2025. Elena, qui travaille dans le quartier, s’en félicite : « On a des statues partout qui honorent des hommes qui ont colonisé, des hommes qui ont fait la guerre et tué beaucoup de gens. Et on doit les vénérer, mais on ne vénère pas les femmes, et les gens ordinaires, donc je crois que c’est une bonne chose ».
Julie, pour sa part, organise désormais des Joy tours dans le quartier, durant lesquels elle raconte aux touristes l’histoire du mouvement pour les droits des travailleurs du sexe.
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