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- Alors que le Proche-Orient vit au rythme des guerres et que la paix n’a probablement jamais paru aussi lointaine, pourquoi apprendre la langue de l’autre ? À Tel Aviv, des Israéliens se sont inscrits à des cours de langue arabe, une pratique controversée dans la société israélienne alors que l'occupation en Cisjordanie se poursuit et que les massacres à Gaza continuent.
De notre correspondante de retour de Tel-Aviv,
Plus de 300 étudiants suivent des cours d’arabe dans cette école de langues établie à Tel Aviv, Haïfa et Jérusalem. « À mes yeux, chaque personne qui vit ici doit savoir parler l’arabe, juge Kim Ibrahim, l’une des professeurs et Palestinienne d’Israël. L’arabe n’est pas la langue d’une minorité. C’est la langue de cette terre. Si tu ne la maitrises pas, tu ne peux pas te rapprocher de son peuple. »
La plupart des étudiants ici sont des militants de gauche qui se rendent fréquemment en Cisjordanie pour y dénoncer l’occupation. Un activisme pas toujours facile à assumer dans la société israélienne, comme l’explique Akiva, qui travaille pour une ONG de défense des droits humains. « Ce qu’on me dit quand j’annonce que j’ai fait des études d’arabe et d’architecture à l’université, c’est souvent des choses du genre : “Wow, tu vas pouvoir travailler pour le Mossad !” Ou alors “Tu vas construire des hôtels à Gaza !”, raconte-t-il. On est vraiment dans l’optique qui consiste à mieux connaître son ennemi, à utiliser l’arabe dans le cadre de missions dans l’armée ou pour le Mossad. »
Sur les murs, des posters appelant à l’égalité des droits pour tous « from the river to the sea » ou encore des appels à libérer les détenus palestiniens des prisons israéliennes. Ces Israéliens savent être une minorité.
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« La langue arabe est désormais perçue comme une provocation »
La langue arabe est de plus en plus perçue comme une menace en Israël. Jadis langue officielle de l’État hébreu, l’arabe a été rétrogradé langue à statut spécial en 2017. Certains commerçants arborant des inscriptions en arabe dans leurs boutiques sont désormais sommés de les retirer.
C’est pour dénoncer cette situation que l’élue municipale de Haïfa, Sally Abed, décide de prendre la parole en hébreu et en arabe lors d’une réunion à la mairie le mois dernier. « Haïfa a parlé arabe pendant des décennies, pendant des siècles. Haïfa parle arabe ! », a-t-elle souligné. La situation va vite dégénérer. « Va à Gaza ! Haïfa est juive ! Haïfa n’est pas arabe ! Va à Gaza ! », hurle un homme.
Contactée, Sally Abed assume son coup d’éclat. « Depuis le 7 octobre, la langue arabe est désormais perçue comme une provocation. Le problème pour eux, c’est que je politise la langue arabe et que je sois une politicienne arabe, insiste-t-elle. Sincèrement, j’ai voulu marquer le coup. C’était une sorte de déclaration d’amour à ma langue, aux Palestiniens de Haïfa qui se sentent effacés, transparents et persécutés. »
Un rejet de l’arabe que Sally Abed dénonce. D’autant que cette langue est parlée au quotidien par sa communauté – les Palestiniens d’Israël qui forment 20% de la population du pays. Mais aussi par certains Séfarades, les juifs originaires de pays arabes qui représentent, eux, 50% de la population juive d’Israël.
À lire aussiApprendre l’hébreu à Ramallah: ces Palestiniens qui suivent des études israéliennes pour mieux «combattre» l’occupation - En Allemagne, la sécheresse historique de 2026 fait ressurgir des souvenirs du passé dans les fleuves du pays : des carcasses de navires de guerre datant de la Seconde Guerre mondiale, des squelettes de soldats et, à l’Est, près de Dresde, des « pierres de la faim ». Plus connues sous le nom de Hungersteine, ces pierres normalement immergées dans l’eau apparaissent lorsque le niveau de l’Elbe est très bas. À l'époque, leur apparition était annonciatrice de famine.
De notre correspondante à Pirna,
Quelques gouttes tombent sur Pirna, mais elles ne vont pas permettre de recouvrir la Hungersteine située dans l’Elbe. « Non, les précipitations actuelles ne suffisent pas, indique Jan-Michael Lange, géologue et spécialiste de ces pierres. Il faudra encore un certain temps avant que le niveau de l'Elbe revienne à la normale. » Et même s’il a l’habitude de venir ici pour ses recherches, le géologue est toujours ébahi devant cette roche de 3 mètres sur 5, la plus grande Hungersteine d’Allemagne. « C'est vraiment impressionnant de voir cet immense bloc ici, dans l'Elbe, qui semble à nu, poursuit le géologue. D’autant qu’en temps normal, on ne le verrait pas du tout… Il serait complètement immergé sous l’eau. »
Sur la pierre, des dates inscrites : celles des pires sécheresses que l’Elbe a connues depuis 1707, première année visible à l'œil nu. « Pour 2015 et 2018, je vois les inscriptions, mais personne n'a encore fait celle de 2026 », note le chercheur.
Avec sa collègue Petra Walther, hydrologue à l’Office régional de Saxe pour l'environnement et l'agriculture, ils ont recensé la centaine de « pierres de la faim » présentes sur les rives de l’Elbe. « L’Elbe est prédestinée à ces pierres en raison de sa roche, un grès très facile à travailler, explique l'hydrologue. Et puis, le fleuve est depuis des siècles un lieu de vie pour les humains. Ils ont tout simplement vécu au rythme de l’eau, marquant sur la pierre les niveaux des sécheresses et des crues, afin de savoir à quoi s’attendre dans un avenir proche. »
Leur nom, Hungersteine, rappelle la dépendance de ces populations passées avec le fleuve. « Quand il y avait peu d'eau dans la rivière, tout le monde en souffrait, souligne-t-elle, il y avait alors une famine, car on ne pouvait pas récolter de céréales, la navigation était interrompue, les poissons mouraient dans l'eau… »
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Des dates qui se rapprochent
Et aujourd'hui, ces pierres ne sont que la preuve d’un changement climatique qui s'accélère, avec des dates notées qui se rapprochent de plus en plus. Mais l’espoir de voir les choses changer grâce à elles est mince, selon Jan-Michael Lange : « Je ne suis vraiment pas sûr que ces pierres de la faim permettent de sensibiliser les gens sur ce sujet. » « Lorsque la sécheresse a des conséquences directes sur le quotidien des gens, alors on avance dans la prise de conscience, ajoute sa collègue, comme lorsque le robinet est coupé, ou que des restrictions d’eau sont en place. »
Un manque de prise de conscience alors que l’Elbe est tombée à son plus bas niveau à Pirna le week-end dernier avec 79 cm de profondeur, contre en moyenne 1 m 40 en temps normal.
À lire aussiAllemagne: le gouvernement divisé pour faire face à la chaleur qui assèche les cours d'eau En Éthiopie, face à la sécheresse et la désertification, des éleveurs deviennent agriculteurs
18/08/2026Dans la région Somali, dans le sud-est de l’Éthiopie, les épisodes de sécheresse, toujours plus intenses, font progresser la désertification et menacent dans le même temps l’existence des communautés pastorales. Pour survivre, beaucoup délaissent alors leur quotidien d’éleveur nomade et se tournent progressivement vers l’agro-pastoralisme.
De notre correspondante de retour de Cilaan,
Les pieds ancrés dans la terre ocre, Ahmed Hussein Kalas discute de la croissance de ses semis d’oignons. Depuis deux ans, ce père de famille a délaissé sa vie d’éleveur nomade pour cultiver des légumes. « Notre mode de vie n'était pas compatible avec le changement climatique et la sécheresse. Les animaux mouraient les uns après les autres, témoigne-t-il. On a donc décidé de rester dans cette zone, pour y monter une ferme. C’était la décision qu’il fallait prendre. »
Depuis, la Corne de l'Afrique a connu cinq saisons des pluies déficitaires — la pire sécheresse depuis 40 ans. Dans ce contexte, les éleveurs n’ont d’autre choix que de s’adapter. À Cilaan, depuis deux ans, Ahmed Hussein Kalas utilise un système d’irrigation sophistiqué développé par les autorités locales, en partenariat avec le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’ONG locale Owda. « Je prévois maintenant de construire ma propre maison dans ce village. Je compte aussi acquérir un véhicule pour faciliter le transport des marchandises, poursuit l'ancien éleveur. C’est une belle opportunité d’avoir un meilleur niveau de vie. Aujourd’hui, je ne voudrais pas revenir au mode de vie pastoral. »
Ferdusa Abdi partage le même avis. Le rendement de l’hectare qu’elle cultive lui permet de remplir 400 sacs d’oignons par saison, à 4 000 birrs chacun, soit environ 22 euros. Elle produit aussi du fourrage pour les sept vaches qu’il lui reste. « En plus de nos cultures de rente, nous avons une parcelle dédiée à la production de fourrage. On le récolte et on nourrit les animaux à l'étable, ce qui nous permet d'obtenir un lait de meilleure qualité, explique-t-elle. Surtout, nous sommes prêts à affronter la sécheresse à venir. Avant de changer de vie, quand nous étions éleveurs, les enfants souffraient en période de sécheresse. Le bétail ne produisait plus rien à cause du manque d'eau, les enfants étaient donc malnutris et tombaient constamment malades. Mais aujourd'hui, leur situation a radicalement changé : ils vont à l'école et consomment les légumes que nous cultivons dans nos champs ».
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Une solution miracle ?
À Gode, si l’agriculture a permis à des milliers d’éleveurs de sortir de la précarité, elle n’est pas une solution miracle, souligne Andrew Catley, professeur à l’université de Tufts, spécialiste du pastoralisme. « Le risque, lorsque des projets arrivent et commencent à distribuer gratuitement du matériel – pompes, semences, outils, etc. –, c'est qu'ils perturbent le système existant, dont ils ont souvent totalement ignoré le fonctionnement, souligne le chercheur. Bien que les gouvernements présentent souvent l'agriculture comme la solution idéale pour les éleveurs, car ils y voient une activité moderne et sédentaire, la réalité est en fait bien différente ».
À Cilaan, la sécheresse a contraint plus de 1 000 éleveurs à abandonner leur quotidien d’éleveurs nomades pour vivre de l’agriculture.
À écouter dans Grand reportageÉthiopie, aux limites de la terre nourricièreCorée du Sud: 76 ans après la guerre, un retraité s'emploie à déminer la zone démilitarisée
17/08/2026En Corée du Sud, 76 ans après la fin des combats, la guerre de Corée continue chaque année de faire des victimes à cause des mines. Il y en aurait plus de deux millions le long de la frontière entre les deux Corées - la plus grande concentration au monde. Cette situation rend la frontière dangereuse alors que de nombreux Sud-Coréens y vivent et y travaillent encore. Face aux risques, un militaire à la retraite s'est donné pour mission de déminer les lieux.
De notre correspondant à Séoul,
Passé le checkpoint militaire, nous entrons au cœur de la zone démilitarisée. Ici, le silence n’est interrompu que par le bruit des tirs venant des bases militaires. Nous rejoignons Kim Ki-ho, 76 ans, dans son travail, au cœur d’un champ de mines.
« Là, il y en a une près de l’arbre, ne bougez pas. Il faut creuser un peu, attention quand même. La M7, c’est une mine antichar américaine qui contient sept kilos de TNT. Elle est encore active. Souvent, elles viennent par grappe. Normalement, seul un véhicule lourd peut les faire exploser, mais comme la mine est très vieille, elle devient très sensible. Là, si je mets mon pied, on est morts », explique-t-il.
En une trentaine de minutes, Kim Ki-ho a récupéré quatre mines dans un rayon de 50 mètres : « Rien que dans la zone où on est et à laquelle les civils ont accès, il y aurait environ 500 000 mines. À cela s’ajoutent environ 200 000 mines qui ont été placées sans être cartographiées, donc même l’armée ne sait pas où elles peuvent être. 99% d’entre elles sont des mines américaines et sud-coréennes ».
Ces engins explosifs continuent de faire des victimes. Depuis la fin de la guerre, on dénombre 6 400 personnes blessées ou tuées par des mines, comme Ahn Mijae, 73 ans. Cette agricultrice, qui vit au cœur de la zone démilitarisée, est aujourd’hui en situation de handicap à cause de ces armes. « J’étais venue dans cette région pour cultiver des terres et j’avais commencé à faire pousser du ginseng. Au bord du champ, une courge était arrivée à maturité. J’ai voulu la cueillir. Au moment où j’ai posé le pied pour la prendre, il y a eu une énorme explosion. Je me suis effondrée immédiatement, ma jambe ne tenait plus qu’à un bout de chair. C’était cette mine-là, une M14 coupe-cheville, comme les Américains l’appellent », se souvient-elle.
Chaque été, les pluies torrentielles de la mousson provoquent des glissements de terrain, déplaçant les mines et augmentant le danger aux abords des habitations. Ces conditions rendent le travail de déminage de Kim Ki-ho toujours plus difficile et périlleux.
À lire aussiLe président sud-coréen propose un dialogue à Pyongyang pour mettre formellement fin à la guerre de Corée- Du 17 au 28 août, la Mongolie accueille à Oulan-Bator la COP17 contre la désertification, un sommet international pour tenter de trouver des solutions et des financements pour contrer ce phénomène exacerbé par le dérèglement climatique qui touche une grande partie de la planète. La Mongolie en est l’une des victimes les plus emblématiques : 76,9% de ses terres sont touchées par la désertification. Rendant les pâturages inexploitables, le phénomène est source de migrations importantes. À Oulan-Bator, les quartiers des yourtes ne cessent de se remplir de réfugiés climatiques. Des quartiers pauvres qui représentent 58,8% de la population de la capitale...
De notre correspondant à Oulan-Bator, Étienne Cholez
De leur vie d’éleveurs, il ne reste que des figurines de chevaux au-dessus de leur lit. Les animaux ont disparu du quotidien d’Enkhtuvshin et Tsogzolmaa, un couple d’une trentaine d’années. « L’été a été très dur : une sécheresse, et presque plus d’herbe. Nous avions 800 chevaux, moutons et chèvres. Ils n’avaient rien mangé. L’hiver a commencé et on a presque tout perdu en quelques jours. Alors on est partis en laissant derrière nous les derniers animaux, dans la nature. Ça nous a fait beaucoup de mal », racontent-ils.
Le couple et ses deux enfants ont quitté leur province du Khentii, à 500 km à l’est de la capitale mongole. Leur yourte est désormais installée sur une parcelle de tôle et de bois appartenant à l’un de leurs proches, le long de la route qui sort d’Oulan-Bator. Tsogzolmaa travaille désormais dans une station-service, tandis que son mari a trouvé un emploi dans une compagnie de transport routier.
« Le plus dur, à la ville, c’est le temps. On doit tout faire à la minute entre l’école et le travail… On doit payer nos dettes aussi. Nous, on rêve de pouvoir redevenir éleveurs, de vivre à la campagne, avec nos animaux, comme avant. Mais c’est impossible. Alors, dans les prochaines semaines, on va s’installer sur une autre parcelle, à nous, mais plus loin, dans un autre quartier. Et on va essayer de construire une petite maison avec des parpaings pour les murs et des tôles pour le toit », explique le couple.
Cette situation illustre l’une des spécificités de la loi mongole, qui contribue à la formation de ces quartiers de yourtes : l’installation dans ces zones confère un droit de propriété aux citoyens. Selon la mairie d’Oulan-Bator, sur une population d’1,7 million d’habitants, un million de Mongols vivent dans ces quartiers précaires, dépourvus d’eau courante.
Un défi de taille pour Khosbayar, membre du conseil municipal en charge des constructions dans la capitale. « Ces quartiers engendrent beaucoup de pollution car ils ne sont pas reliés à nos systèmes de chauffage. Le trafic aussi s’en retrouve de plus en plus encombré. On a lancé de grands programmes de relogement il y a deux ans. On prévoit d’installer 40 000 familles d’ici à 2030 dans des appartements tout neufs », précise-t-il.
Parallèlement, des projets d’éco-quartiers sont en cours, visant à permettre à près de 10 000 familles de se séparer de leur poêle à charbon et de leurs toilettes à fosse.
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