Nous sommes au tout début du XVIe siècle, à une époque où l’Europe débat vivement des vices humains, de la vanité et du ridicule social.
Des débats influencés, notamment, par Érasme de Rotterdam, le chanoine et philosophe humaniste, auteur d’un essai qui va marquer durablement les siècles « L’Éloge de la folie ».
Un ouvrage dans lequel le théologien tourne en dérision, entre autres sujets, les femmes cherchant à masquer leur vieillesse.
L’essai est publié en 1511.
Deux ans plus tard environ, Quinten Massys, né à Louvain, peint une figure grotesque, au visage marqué de rides profondes, au nez écrasé, aux traits hypertrophiés, une figure peut-être inspirée d’échanges de textes ou de dessins satiriques avec d’autres artistes, on sait que Massys et Léonard de Vinci ont échangé des caricatures.
L’œuvre passera à la postérité sous le titre de « La laide duchesse ».
Depuis l’Antiquité, l’art n’a jamais cessé d’explorer le rapport entre beauté, pouvoir et représentation, même dans ses formes les plus inattendues.
Si les Grecs classiques privilégient l’harmonie et l’idéalisation, ils n’ont pourtant jamais ignoré la laideur, notamment dans leurs créatures hybrides, monstrueuses ou grotesques.
Le Moyen Âge fera de cette laideur un outil d’enseignement moral, visible dans les gargouilles, les démons et les scènes infernales sculptés sur les cathédrales.
À la Renaissance, malgré le retour aux canons classiques, la laideur reste présente chez des artistes fascinés par l’étrange, comme Bosch et ses visions chimériques.
Au XIXᵉ siècle, le réalisme revendique l’importance du laid pour représenter la vérité sociale, loin de toute idéalisation académique.
Avec le XXᵉ siècle, les avant-gardes transforment la laideur en un manifeste, comme le montre l »’Urinoir » de Marcel Duchamp, qui érige un objet trivial en œuvre d’art contestataire.
Ce geste radical brise l’idée que seul le beau mérite la dignité artistique et ouvre la voie à de nouvelles formes d’expression.
Dans l’art contemporain, la laideur devient un langage critique, permettant de dénoncer les violences du monde et l’absurdité des normes imposées.
Les artistes n’hésitent plus à utiliser matières organiques, déchets ou dispositifs dérangeants pour questionner notre tolérance esthétique et émotionnelle.
De quelles manières l’art a-t-il fait de la laideur un autre miroir du monde et de notre humanité ?
Avec Anne Hustache, historienne de l’art
Sujets traités : Laideur, miroir, âme, Quinten Massys, Léonard de Vinci, Antiquité, Moyen-âge, Renaissance
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