Dans ce nouvel épisode de la série INNOVATEURS, consacrée à celles et ceux qui font l’innovation, je reçois Jean‑Louis Constanza, cofondateur de Wandercraft, l’une des startups françaises les plus avancées dans la robotique humanoïde.
Parti d’un projet profondément personnel — aider son fils à remarcher — Jean‑Louis Constanza raconte comment Wandercraft est devenu un acteur majeur des exosquelettes médicaux avant de se lancer dans les robots humanoïdes industriels. Il revient sur la naissance de Calvin, le robot développé avec Renault, capable de porter des charges lourdes dans les usines, et explique pourquoi la robotique représente selon lui un enjeu stratégique majeur pour l’Europe. Il partage également sa vision de l’innovation, son regard sur l’intelligence artificielle, les bouleversements à venir sur l’emploi et les raisons pour lesquelles il estime que les robots humanoïdes vont transformer profondément notre économie et notre société.
Interview : Jean-Louis Constanza, cofondateur de Wandercraft
Punchlines
Les robots vont créer et remplacer des emplois.
La robotique, c’est le dernier train européen à prendre.
On ne voit pas encore ce que cette révolution va produire.
L’innovation, ce n’est pas l’invention, c’est la diffusion.
Ceux qui n’auront pas de robots seront déclassés.
Comment est née Wandercraft ?
L’histoire de Wandercraft est directement liée à mon fils Oscar, qui a perdu la marche très jeune à cause d’une maladie génétique. Un jour, il m’a demandé pourquoi, puisque j’étais ingénieur en robotique, je ne fabriquais pas un robot pour l’aider à marcher. À l’époque, la marche robotique était encore un sujet de laboratoire. J’ai alors rencontré Nicolas Simon, un ingénieur visionnaire, et nous avons décidé de créer un exosquelette totalement auto-équilibré. L’idée n’était pas simplement de faire bouger des jambes, mais de créer un véritable robot humanoïde capable de marcher seul. Douze ans plus tard, Wandercraft équipe aujourd’hui plus de 150 hôpitaux dans le monde avec ses exosquelettes médicaux.
Pourquoi avoir évolué vers les robots humanoïdes industriels ?
Nous avons compris que notre plateforme robotique avait un potentiel bien plus large. Nos exosquelettes étaient déjà capables de porter des charges lourdes avec une stabilité extrême. Quand Renault est venu nous voir, l’idée était claire : utiliser cette technologie pour les tâches pénibles et dangereuses dans les usines. Nous avons alors développé Calvin 40, un robot humanoïde conçu en quarante jours capable de porter quarante kilos. Aujourd’hui, Calvin travaille déjà sur des lignes de production automobile. Il transporte des pneus, des caisses et des charges répétitives que les humains supportent difficilement pendant huit heures d’affilée.
Les robots humanoïdes à la maison sont-ils proches ?
Oui, mais pas immédiatement. On sait déjà comment construire ces robots. Le vrai défi, c’est la sécurité et la fiabilité. Dans une maison, un robot doit pouvoir interagir avec des humains, éviter un enfant, un animal, des objets fragiles et manipuler des charges importantes sans danger. Cela demande un niveau de sécurité extrêmement élevé. Je pense qu’il faudra encore trois à quatre ans avant de voir des tests sérieux dans des environnements domestiques. Mais le véritable enjeu n’est pas de faire un robot qui passe l’aspirateur. Le sujet majeur, ce sont les personnes âgées, les personnes handicapées et la disparition progressive des aidants humains. Sans robots, je ne vois pas comment nos sociétés vont faire face au vieillissement démographique.
Qu’est-ce que l’innovation selon toi ?
L’innovation, c’est apporter quelque chose de profondément utile que les gens n’avaient jamais vu auparavant. Une technologie vraiment innovante ressemble toujours un peu à de la magie. Mais l’innovation ne se limite pas à l’invention. Le plus difficile, c’est de transformer une invention en produit largement diffusé. Et cela demande énormément de résistance. Toute innovation rencontre du scepticisme, du cynisme ou du rejet. On vous explique constamment que ce n’est pas possible, que ce n’est pas utile ou que cela ne marchera jamais. C’est précisément pour cela que l’innovation reste l’une des aventures humaines les plus difficiles.
Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.