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    BONUS – Le suicide de Mishima: Un corps transformé

    19/2/2026 | 2 mins.
    Quand on regarde les photos de Yukio Mishima dans les années 1960, on voit un homme musclé, torse nu, posant comme un culturiste. Épaules larges, abdominaux dessinés, regard dur.

    Mais le jeune Mishima était tout l’inverse.

    Enfant fragile, souvent malade, surprotégé par une grand-mère autoritaire, il est dispensé de sport. À l’école, il est jugé trop faible pour le service militaire pendant la Seconde Guerre mondiale — un épisode qui le marquera profondément. Il en gardera une honte persistante : celle de ne pas avoir été « à la hauteur » physiquement.

    Dans les années 1950, déjà écrivain reconnu au Japon grâce au Pavillon d’or, il prend une décision radicale.

    Il va reconstruire son corps.

    Il se met à la musculation avec une discipline quasi militaire. Haltères, barres, répétitions quotidiennes. Il pratique aussi le kendo, l’art du sabre. Il documente ses progrès avec des photos soigneusement mises en scène.

    Pourquoi un romancier, intellectuel brillant, ressent-il ce besoin ?

    Parce que Mishima nourrit une conviction profonde : la littérature seule est insuffisante.

    Il écrit un essai intitulé Soleil et acier, où il explique son obsession. Selon lui, l’intellect est abstrait, désincarné. Les mots sont faibles. Le corps, lui, est concret. Il donne accès à la réalité, à la souffrance, à la vérité.

    Il va jusqu’à affirmer que ses premiers succès littéraires lui paraissent « désincarnés ». Il veut que sa pensée passe par la chair.

    Cette transformation n’est pas un simple hobby. Elle devient une composante centrale de son identité publique. Il pose comme un saint Sébastien transpercé de flèches, dans une photographie devenue célèbre. Il met en scène sa musculature comme un manifeste esthétique.

    Mishima cherche l’unité : l’esprit et le corps, la beauté et la force, l’art et l’action.

    Ce qui fascine, c’est que cette métamorphose est volontaire, méthodique, presque théâtrale. Il ne subit pas son image : il la fabrique.

    Au fond, cette anecdote révèle quelque chose d’essentiel : Mishima n’était pas seulement un écrivain. Il était un metteur en scène de lui-même.

    Un auteur qui considérait que son propre corps pouvait devenir un texte.

    Et peut-être que, chez lui, la littérature ne s’écrivait pas seulement avec de l’encre… mais avec des muscles.

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    Le suicide de Mishima

    18/2/2026 | 3 mins.
    Yukio Mishima, de son vrai nom Kimitake Hiraoka, est l’un des plus grands écrivains japonais du XXe siècle. Né en 1925, il devient célèbre après la Seconde Guerre mondiale grâce à des romans comme Le Pavillon d’or ou la tétralogie La Mer de la fertilité. Son œuvre explore la beauté, la mort, le corps, l’honneur et le déclin du Japon traditionnel. Brillant, cultivé, fasciné par l’esthétique du sacrifice, Mishima ne sépare jamais totalement littérature et mise en scène de soi.

    Son suicide, le 25 novembre 1970, est l’un des plus spectaculaires de l’histoire contemporaine.

    À cette date, Mishima se rend au quartier général des Forces japonaises d’autodéfense à Ichigaya, à Tokyo, accompagné de quatre membres de la Tatenokai, une milice privée qu’il a fondée. Cette organisation, composée d’étudiants nationalistes, défend l’empereur et les valeurs traditionnelles japonaises. Le Japon d’après-guerre, pacifiste et constitutionnel, lui apparaît comme affaibli, matérialiste et privé de sa grandeur spirituelle.

    Mishima prend en otage un général et tente d’adresser un discours aux soldats rassemblés dans la cour. Il les appelle à se soulever pour restaurer les pleins pouvoirs de l’empereur et réviser la Constitution pacifiste imposée après 1945. Mais son discours est hué. Les soldats rient, crient, ne le prennent pas au sérieux. L’appel à l’insurrection échoue.

    C’est alors que Mishima passe à l’acte prévu.

    Il se retire dans le bureau du général et accomplit un seppuku, le suicide rituel des samouraïs. Il s’ouvre l’abdomen avec un sabre court, conformément à la tradition. Un de ses disciples doit ensuite le décapiter pour abréger ses souffrances. L’exécution est maladroite, chaotique. Finalement, un autre membre du groupe achève le geste.
    Ce suicide n’est ni impulsif ni improvisé. Mishima l’a préparé depuis des années. Il a mis en scène son corps, pratiqué la musculation, posé comme modèle, écrit une œuvre entière traversée par l’idée que la beauté trouve son accomplissement dans la mort volontaire. Le matin même, il avait remis à son éditeur le dernier volume de sa tétralogie.

    Son geste choque profondément le Japon. Était-ce un acte politique sincère ? Une performance esthétique ultime ? Une provocation désespérée face à la modernité ? Probablement un mélange des trois.

    Le suicide de Mishima reste un événement unique : la rencontre brutale entre littérature, nationalisme, théâtre et mort rituelle, dans un Japon devenu moderne mais hanté par son passé.
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    BONUS – Nikola Tesla : Amoureux d’un pigeon ?

    17/2/2026 | 2 mins.
    On connaît Nikola Tesla comme le génie de l’électricité moderne. L’homme du courant alternatif. Le rival de Thomas Edison.
    Mais à la fin de sa vie, dans les années 1930, le grand inventeur vit seul, ruiné, presque oublié… et obsédé par des pigeons.

    Chaque jour, à New York, il se rend au parc Bryant pour nourrir des centaines d’oiseaux. Ce n’est pas un simple passe-temps. Tesla développe une relation particulière avec l’un d’eux : un pigeon blanc aux yeux gris pâle.

    Il affirme plus tard :
    « J’aimais ce pigeon comme un homme aime une femme. »

    La phrase surprend. Elle choque même. Pourtant, elle éclaire quelque chose de fondamental chez Tesla.
    À cette époque, il vit à l’hôtel New Yorker. Il refuse toute intimité humaine. Il n’a jamais été marié. Il confesse d’ailleurs que la chasteté a servi son génie : selon lui, l’énergie sexuelle devait être entièrement consacrée à l’invention.
    Mais ce pigeon blanc devient une exception.

    Tesla raconte qu’il savait quand l’oiseau était malade, même à distance. Il affirme qu’un jour, l’animal est entré par la fenêtre de sa chambre, gravement affaibli. Il dit alors avoir vu une lumière intense jaillir de ses yeux. Une lumière « plus brillante que n’importe quelle lampe ».
    Quand le pigeon meurt, Tesla déclare :
    « J’ai su que ma vie était finie. »

    À partir de ce moment, il n’invente plus rien de majeur. Il s’enferme progressivement dans une solitude quasi mystique.

    Alors, que révèle cette anecdote ?
    D’abord, le contraste fascinant entre le rationaliste absolu et l’homme hypersensible. Tesla était capable de visualiser des machines entières dans son esprit avec une précision mathématique stupéfiante. Mais il était aussi sujet à des obsessions : peur des microbes, aversion pour les perles, besoin compulsif de tout compter par multiples de trois.

    Ensuite, cette histoire illustre la fragilité du génie isolé. Contrairement à Edison, industriel pragmatique, Tesla était un visionnaire sans sens des affaires. Il meurt en 1943, seul, dans sa chambre d’hôtel, presque oublié.

    Ironie de l’histoire : quelques décennies plus tard, son nom deviendra symbole de modernité technologique.
    Mais au fond, derrière les éclairs électriques et les bobines à haute tension, il y avait un homme solitaire, parlant à un pigeon blanc.
    Et peut-être que cette scène intime dit autant sur Nikola Tesla que toutes ses inventions.
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    Nikola Tesla

    16/2/2026 | 2 mins.
    Nikola Tesla est l’un des inventeurs les plus fascinants de l’ère moderne. Né en 1856 dans l’actuelle Croatie (alors dans l’Empire austro-hongrois), il émigre aux États-Unis en 1884 avec une idée fixe : révolutionner la production et la distribution d’électricité.

    Son apport essentiel tient en un mot : courant alternatif. À la fin du XIXe siècle, le système dominant aux États-Unis repose sur le courant continu, défendu par Thomas Edison. Or le courant continu circule mal sur de longues distances. Tesla, lui, développe un système complet fondé sur le courant alternatif (AC), capable d’être transformé en haute tension pour voyager loin, puis abaissé pour être utilisé sans danger. Cette innovation rend possible l’électrification massive des villes.

    La rivalité entre les deux hommes déclenche la célèbre « guerre des courants ». Tesla trouve un allié en la personne de George Westinghouse, industriel qui finance ses travaux. Leur système triomphe spectaculairement lors de l’Exposition universelle de Chicago en 1893 et surtout avec la centrale hydroélectrique des chutes du Niagara en 1895. C’est un tournant historique : le modèle électrique mondial adoptera le courant alternatif.

    Mais Tesla ne se limite pas à cela. Il travaille sur les moteurs électriques, la radio, les rayons X, la télécommande, et conçoit la fameuse bobine Tesla, capable de produire des décharges spectaculaires à haute fréquence. Certaines de ses idées — transmission d’énergie sans fil, communication mondiale instantanée — paraissent visionnaires. Son projet de tour de Wardenclyffe, sur Long Island, visait à transmettre information et énergie sans câble. Faute de financement, il échoue.

    Scientifique brillant mais piètre gestionnaire, Tesla dépose plus de 300 brevets, mais s’enrichit peu. D’autres, comme Guglielmo Marconi, tireront profit d’innovations proches des siennes, notamment en radio. Isolé, obsédé par ses recherches, Tesla termine sa vie dans un hôtel new-yorkais, en 1943, presque oublié.

    Aujourd’hui, son image a changé. On le voit comme un génie en avance sur son temps, parfois entouré d’un halo mythique. Son nom a même été choisi par l’entreprise Tesla, Inc. pour symboliser l’innovation électrique.

    En résumé, Tesla n’est pas seulement un inventeur excentrique : il est l’architecte invisible du monde électrifié dans lequel nous vivons. Sans lui, nos villes, nos industries et nos réseaux énergétiques seraient radicalement différents.
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    BONUS – Le mythe de Sisyphe: L'ennui comme enfer

    14/2/2026 | 2 mins.
    Dans l’imaginaire collectif, l’enfer est souvent associé aux flammes, aux cris et aux supplices sanglants. Pourtant, si l’on regarde de près les mythes antiques, une autre vision se dessine. Une vision plus silencieuse. Plus froide. Plus troublante. Et si la pire torture n’était pas la douleur… mais l’ennui ?
    Dans la mythologie grecque, de nombreux châtiments reposent sur une idée simple : répéter éternellement un geste inutile. Sisyphe pousse son rocher. Les Danaïdes remplissent un tonneau percé. Tantale tente d’attraper des fruits qui se dérobent sans cesse. Dans tous les cas, il ne s’agit pas de déchirer les corps, mais d’épuiser les esprits.

    Ces personnages ne sont pas seulement condamnés à souffrir. Ils sont condamnés à recommencer. Toujours. Sans progression. Sans surprise. Sans issue.
    L’ennui, ici, n’est pas une simple absence d’occupation. C’est une stagnation absolue. Un temps figé. Une conscience piégée dans un présent éternel.

    Cette intuition ancienne rejoint, des siècles plus tard, les réflexions de Blaise Pascal. Dans ses Pensées, il observe que l’être humain supporte très mal de rester seul, immobile, face à lui-même. Selon lui, nous cherchons en permanence le divertissement : discussions, jeux, travail, agitation. Non pas parce que ces activités nous rendent fondamentalement heureux, mais parce qu’elles nous empêchent de penser à notre condition.

    Car lorsque le bruit cesse, quelque chose d’inconfortable apparaît : le sentiment du vide.

    Pascal va jusqu’à écrire que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose : ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.
    Si l’on applique cette idée aux mythes grecs, Sisyphe n’est pas seulement puni par l’effort physique. Il est surtout privé de distraction. Il n’a rien à attendre. Rien à espérer. Rien à changer. Chaque jour est la copie parfaite du précédent.

    Et c’est peut-être cela, le cœur de l’enfer mythologique : un monde sans nouveauté.

    La douleur peut s’atténuer. On peut s’y habituer. La monotonie, elle, use autrement. Elle ronge lentement le sens même de l’existence. Quand plus rien ne varie, le temps cesse d’avoir une valeur.

    Cette conception entre en résonance troublante avec certaines expériences modernes : tâches répétitives, journées interchangeables, impression de tourner en rond malgré l’activité. Ce n’est pas tant la difficulté qui épuise, mais l’absence de perspective.

    Les Grecs, sans neurosciences ni psychologie, avaient déjà pressenti quelque chose d’essentiel : pour un être conscient, la pire punition n’est pas de souffrir… mais de ne plus rien attendre.

    Ainsi, derrière le rocher de Sisyphe se cache peut-être une vérité plus profonde encore : l’enfer n’est pas fait de flammes. Il est fait de jours identiques. De gestes sans horizon. D’un ennui sans fin.
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