Le nihilisme est une notion philosophique souvent résumée par une phrase choc : « rien n’a de sens ». Mais derrière cette formule se cache une idée plus précise : le nihilisme désigne la conviction qu’il n’existe pas de vérité absolue, de valeurs universelles, ni de but objectif à l’existence humaine. Autrement dit, ce que l’on appelle le sens de la vie, la morale, la justice ou même la vérité ne seraient pas des réalités “naturelles”, mais des constructions humaines.
Le mot vient du latin nihil, qui signifie « rien ». Le nihilisme apparaît généralement lorsque les grandes certitudes d’une époque s’effondrent. Pendant des siècles, en Occident, la religion, la tradition, la morale chrétienne ou l’idée de progrès donnaient un cadre : chacun savait à peu près ce qui était bien ou mal, ce qui comptait, et vers quoi il fallait tendre. Mais à partir du XIXe siècle, avec l’industrialisation, la montée des sciences, la critique de la religion et les bouleversements sociaux, ces repères vacillent. Une question devient alors centrale : si Dieu n’existe pas, si le monde n’a pas de finalité, pourquoi vivre ? et comment vivre ?
On distingue plusieurs formes de nihilisme. Le nihilisme existentiel affirme que la vie n’a pas de sens en elle-même : l’univers est indifférent et ne nous propose aucun objectif. Le nihilisme moral soutient qu’il n’existe pas de bien et de mal absolus : les valeurs changent selon les sociétés et les époques. Le nihilisme épistémologique va encore plus loin : il doute de notre capacité à connaître la vérité, comme si toute connaissance était relative ou illusoire.
Le philosophe le plus célèbre associé au nihilisme est Friedrich Nietzsche. Il ne se présente pas comme nihiliste, mais comme le grand analyste du nihilisme moderne. Pour lui, l’Occident est entré dans une ère où les anciennes valeurs s’effondrent : c’est le sens de sa formule « Dieu est mort ». Cette mort symbolique entraîne un vide : plus rien ne justifie les règles morales, les croyances, ou l’idée d’un but supérieur. C’est cela, le nihilisme : la perte des fondations.
Mais Nietzsche distingue deux attitudes. Le nihilisme passif se résigne, se désespère, se replie. Le nihilisme actif, au contraire, utilise ce vide pour créer de nouvelles valeurs, inventer du sens, bâtir une vie choisie plutôt que subie. Ainsi, le nihilisme n’est pas seulement une idée sombre : c’est aussi le point de départ d’une question essentielle, et très moderne : si le monde ne nous donne pas de sens, pouvons-nous en fabriquer un nous-mêmes ?
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