3406 episodes
- Nous connaissons tous le visage de Jésus : cheveux longs, barbe, traits fins, regard grave. Pourtant, ce visage est une invention artistique. Il n’existe aucun portrait connu de Jésus réalisé de son vivant, ni même dans les décennies qui ont immédiatement suivi sa mort.
Comment l’expliquer ?
D’abord, Jésus vit au Ier siècle dans une société où le portrait individuel est loin d’être aussi courant qu’aujourd’hui. Dans l’Empire romain, on fait surtout réaliser le portrait des empereurs, des notables ou des personnes fortunées. Or Jésus est un prédicateur juif itinérant de Galilée, sans position politique officielle ni richesse particulière. Il n’y avait donc aucune raison sociale évidente de commander son portrait.
Il faut également tenir compte de son environnement religieux. Le deuxième commandement de la Bible condamne la fabrication d’images destinées à être adorées. Cela a favorisé dans certaines traditions juives une méfiance envers les représentations religieuses. Mais il serait faux d’en conclure que les Juifs interdisaient systématiquement toute image humaine : des synagogues antiques ont par exemple livré des représentations figuratives.
Surtout, les premiers disciples de Jésus semblent avoir accordé beaucoup plus d’importance à ses paroles, sa mort et sa résurrection qu’à son apparence physique. Les Évangiles eux-mêmes ne donnent pratiquement aucune indication permettant de reconstituer son visage : ni couleur des cheveux, ni couleur des yeux, ni taille, ni forme du visage.
Pendant près de deux siècles, le christianisme se développe donc sans véritable portrait de son fondateur. Les premières formes identifiables d’art chrétien conservées apparaissent surtout vers la fin du IIe et au IIIe siècle.
Et lorsqu’on commence enfin à représenter Jésus, les artistes ne savent évidemment plus à quoi il ressemblait.
Ils utilisent donc des modèles de leur époque. Dans les catacombes romaines du IIIe siècle, Jésus peut ainsi apparaître sous les traits d’un jeune homme imberbe, notamment sous la forme symbolique du « Bon Pasteur ». Plus tard seulement se généralise l’image du Christ adulte, barbu et aux cheveux relativement longs que nous connaissons aujourd’hui.
Autrement dit, les portraits traditionnels de Jésus ne sont probablement pas la transmission fidèle d’un véritable visage.
Ce sont des constructions artistiques élaborées plusieurs siècles après sa mort.
Et le véritable visage de Jésus, lui, reste inconnu.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Eschyle est l’un des plus grands noms de la littérature grecque. Né vers 525 avant notre ère, il est souvent considéré comme l’un des pères de la tragédie. Pourtant, sa propre mort serait digne d’une comédie particulièrement absurde.
Selon une célèbre tradition antique, Eschyle serait mort après avoir reçu… une tortue sur la tête.
L’histoire se déroule vers 456 avant J.-C., à Géla, en Sicile, où le dramaturge passe les dernières années de sa vie.
Un rapace aurait saisi une tortue puis se serait envolé avec elle. Ce comportement n’est pas aussi extravagant qu’il en a l’air. Certaines tortues possèdent une carapace extrêmement résistante. Pour accéder à leur chair, des rapaces peuvent les emporter en altitude puis les laisser tomber sur une surface dure afin de briser leur carapace.
Or, selon le récit antique, le rapace aperçoit le crâne chauve d’Eschyle et le prend pour une pierre.
Il lâche donc sa tortue.
L’animal tombe directement sur la tête du dramaturge et le tue.
L’histoire devient encore plus extraordinaire chez Pline l’Ancien, qui la raconte plusieurs siècles plus tard dans son Histoire naturelle. Selon lui, un oracle aurait prédit à Eschyle qu’il mourrait à cause de quelque chose tombant d’en haut. Pour éviter ce destin, le poète aurait décidé de rester à l’extérieur, loin des bâtiments susceptibles de s’effondrer.
Précaution manifestement insuffisante : le danger serait finalement venu du ciel lui-même.
Mais cette anecdote doit être prise avec prudence. Nous ne disposons d’aucun témoignage contemporain permettant d’établir que la tortue est réellement responsable de la mort d’Eschyle. Les récits détaillés apparaissent dans des sources plus tardives, et les biographies des personnages célèbres de l’Antiquité ont souvent été enrichies d’histoires spectaculaires ou symboliques.
Ce que l’on sait avec davantage de certitude, c’est qu’Eschyle est mort à Géla, en Sicile, vers l’âge de 69 ans.
La tortue appartient donc peut-être davantage à la légende qu’à l’histoire.
Mais il faut reconnaître que pour l’un des maîtres absolus de la tragédie grecque, difficile d’imaginer une fin plus tragiquement ironique.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Le régime nazi prétendait fonder sa politique sur une distinction rigide entre les « Aryens » et les Juifs. Pourtant, dans la pratique, il lui arriva de contourner ses propres règles et d’accorder à certaines personnes d’origine juive un statut exceptionnel. On les qualifiait alors parfois d’« Aryens d’honneur ».
Pour comprendre ce paradoxe, il faut revenir aux lois de Nuremberg de 1935. Elles classaient les habitants en fonction de l’origine de leurs grands-parents. Certaines personnes étaient considérées comme juives, tandis que d’autres, ayant une ascendance juive partielle, étaient classées comme « Mischlinge », c’est-à-dire métisses selon la terminologie raciale nazie.
Mais ces classifications pouvaient poser problème au régime lui-même. Certains hommes ayant des origines juives étaient des militaires importants, des scientifiques réputés, des industriels utiles ou encore d’anciens proches du parti nazi.
Plutôt que de renoncer à son idéologie raciale, le pouvoir créa donc des exceptions.
L’expression « Aryen d’honneur », ou Ehrenarier en allemand, désignait ainsi couramment quelqu’un qui aurait dû subir certaines discriminations raciales, mais que les autorités décidaient de traiter, totalement ou partiellement, comme un « Aryen ». Il ne s’agissait cependant pas d’une catégorie juridique clairement définie : les exemptions pouvaient prendre différentes formes et dépendaient largement du bon vouloir des dirigeants nazis.
Un cas célèbre est celui d’Emil Maurice, l’un des premiers compagnons d’Hitler et membre de la SS. Lorsque ses origines juives furent découvertes, Hitler intervint personnellement pour lui permettre de rester dans l’organisation. Le général de la Luftwaffe Erhard Milch bénéficia lui aussi d’un traitement particulier lorsque des interrogations apparurent sur son ascendance.
Ces exceptions révèlent surtout le caractère arbitraire du système nazi : les prétendues règles biologiques pouvaient être modifiées lorsque les intérêts politiques, militaires ou personnels du régime l’exigeaient.
On retrouve des situations comparables dans la France occupée. Le philosophe Vladimir Jankélévitch, juif et révoqué de l’université par le régime de Vichy, se vit notamment proposer une forme d’« aryanisation ». Il refusa, estimant qu’il n’avait pas à demander pardon pour une origine dont il n’avait évidemment pas à avoir honte.
L’existence des « Aryens d’honneur » montre donc une contradiction fondamentale du nazisme : une idéologie prétendument fondée sur des lois raciales absolues pouvait elle-même suspendre ces lois lorsqu’une personne devenait suffisamment utile au régime.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Au sud du Brésil, dans l’État du Rio Grande do Sul, se trouve une petite commune devenue célèbre pour une particularité étonnante : Cândido Godói compte un nombre exceptionnellement élevé de jumeaux.
Dans certains secteurs de la commune, notamment à Linha São Pedro, la proportion de naissances gémellaires a parfois été plusieurs fois supérieure à la moyenne habituelle. De quoi alimenter, pendant des décennies, les rumeurs les plus folles.
La plus spectaculaire concerne Josef Mengele.
Ce médecin nazi, tristement célèbre pour ses expérimentations menées à Auschwitz, s’intéressait tout particulièrement aux jumeaux. Après la Seconde Guerre mondiale, il parvient à fuir l’Europe et se réfugie en Amérique du Sud. Il vit notamment en Argentine, au Paraguay puis au Brésil.
À partir de là est née une théorie : Mengele aurait séjourné à Cândido Godói dans les années 1960 et aurait procédé à des expériences sur les femmes du village afin d’augmenter le nombre de grossesses gémellaires.
Selon certaines versions, il se serait présenté comme médecin ou vétérinaire et aurait distribué des médicaments ou pratiqué des traitements expérimentaux.
Le problème, c’est qu’aucune preuve solide ne vient confirmer cette histoire.
Des chercheurs ont étudié plusieurs décennies de registres de naissance et de baptême. Leur conclusion est importante : le nombre exceptionnel de jumeaux dans la région ne commence pas avec l’arrivée supposée de Mengele. Le phénomène existait déjà auparavant.
Autrement dit, l’hypothèse d’une expérience secrète menée par le médecin nazi est aujourd’hui considérée comme très improbable.
Alors comment expliquer cette concentration de jumeaux ?
L’explication la plus sérieuse est génétique.
Cândido Godói a été fondée par une population relativement restreinte, composée notamment d’immigrants européens d’origine allemande. Dans ce type de communauté assez isolée, certains variants génétiques rares peuvent devenir beaucoup plus fréquents simplement parce qu’ils étaient présents chez quelques-uns des premiers habitants.
C’est ce qu’on appelle « l’effet fondateur ».
Or certaines familles de Cândido Godói semblent justement présenter une prédisposition héréditaire aux grossesses gémellaires.
Des chercheurs ont également étudié plusieurs variations génétiques, notamment autour du gène TP53, mais aucune mutation unique n’explique à elle seule le phénomène.
Le véritable mystère de Cândido Godói n’est donc probablement pas lié à Josef Mengele.
Il tient plutôt à une question de génétique des populations : comment quelques familles fondatrices ont-elles pu transmettre, génération après génération, une prédisposition produisant autant de jumeaux dans un territoire aussi restreint ?
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Commençons par « de but en blanc ». Aujourd’hui, cette expression signifie parler directement, sans détour, parfois même de manière un peu brusque. Par exemple : « Il lui a demandé de but en blanc combien il gagnait. »
Mais quel rapport avec un « but » et la couleur blanche ?
L’expression vient très probablement du vocabulaire de l’artillerie. Autrefois, le mot « but » pouvait désigner le point depuis lequel on tirait, ou la position de tir. Le « blanc », lui, désignait la cible. On retrouve d’ailleurs encore cette idée dans l’expression « tirer à blanc », même si le sens est différent, ou tout simplement dans le mot « blanc » utilisé pour une cible à atteindre.
Tirer « de but en blanc », c’était donc effectuer un tir direct, à courte distance, en ligne droite, du canon jusqu’à la cible, sans avoir besoin de calculer une trajectoire complexe. Progressivement, l’expression a quitté le domaine militaire. L’idée du tir direct est devenue celle d’une parole directe : dire quelque chose « de but en blanc », c’est aller droit au but, sans préparation ni détour.
Le mot « safari », lui, nous fait voyager beaucoup plus loin.
Il vient du swahili, langue largement parlée en Afrique de l’Est, notamment au Kenya et en Tanzanie. En swahili, safari signifie tout simplement « voyage », « trajet » ou « expédition ».
Le mot lui-même n’est cependant pas d’origine africaine au sens strict. Il vient de l’arabe safar, qui signifie également « voyage ». Pendant des siècles, les commerçants arabes ont entretenu d’importants échanges avec les populations de la côte est-africaine. Le swahili s’est ainsi enrichi de nombreux mots arabes, dont safari.
À l’origine, un safari n’avait donc rien à voir spécifiquement avec les lions, les éléphants ou les appareils photo. Il pouvait désigner n’importe quel voyage.
C’est au XIXe siècle, avec les explorateurs et chasseurs européens parcourant l’Afrique orientale, que le mot est entré dans les langues européennes. Il a progressivement pris le sens plus précis d’expédition en Afrique, souvent destinée à la chasse.
Aujourd’hui, le mot évoque surtout l’observation des animaux sauvages.
Et contrairement à une idée assez répandue, « safari » ne signifie pas exactement « bon voyage ». Pour souhaiter bon voyage en swahili, on dit « safari njema » : littéralement, « voyage agréable » ou « bon voyage ».
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
More Education podcasts
Trending Education podcasts
About Choses à Savoir - Culture générale
Développez votre culture générale. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
Podcast websiteListen to Choses à Savoir - Culture générale, The Mel Robbins Podcast and many other podcasts from around the world with the radio.net app

Get the free radio.net app
- Stations and podcasts to bookmark
- Stream via Wi-Fi or Bluetooth
- Supports Carplay & Android Auto
- Many other app features
Get the free radio.net app
- Stations and podcasts to bookmark
- Stream via Wi-Fi or Bluetooth
- Supports Carplay & Android Auto
- Many other app features


Choses à Savoir - Culture générale
Scan code,
download the app,
start listening.
download the app,
start listening.
Choses à Savoir - Culture générale: Podcasts in Family
































