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Face à l’inflation, une idée revient régulièrement : pourquoi ne pas tout simplement interdire aux commerçants d’augmenter leurs prix ? Cette solution peut sembler moderne. Pourtant, elle a déjà été expérimentée il y a plus de 1 700 ans, dans l’Empire romain. Et les résultats furent loin d’être convaincants.
Nous sommes en 301 après Jésus-Christ. L’Empire romain traverse une grave crise économique. Depuis plusieurs décennies, les dépenses militaires augmentent, les finances publiques sont fragilisées et la monnaie a perdu une grande partie de sa valeur.
Conséquence : les prix flambent et le pouvoir d’achat de la population s’effondre.
L’empereur Dioclétien décide alors de prendre une mesure spectaculaire : fixer par la loi le prix maximum de presque tous les produits du quotidien.
C’est ce qu’on appelle l’édit du Maximum.
Ce texte établit des plafonds pour des centaines de marchandises et de services : le pain, la viande, le vin, les vêtements, mais aussi les transports et les salaires des travailleurs.
Par exemple, une livre de viande de bœuf ne doit pas coûter plus de huit deniers, et une journée de travail agricole est plafonnée à vingt-cinq deniers, lorsque le travailleur est nourri.
Et Dioclétien ne plaisante pas : ceux qui dépassent les prix autorisés risquent la peine de mort !
L’objectif est simple : empêcher les commerçants de profiter de la crise pour augmenter leurs tarifs.
Mais rapidement, le système montre ses limites.
Premier problème : les prix sont fixés uniformément dans un empire immense. Or, produire du blé en Égypte ne coûte pas la même chose que l'acheminer jusqu'en Gaule. Certains plafonds deviennent donc économiquement intenables.
Deuxième problème : lorsque le prix autorisé est trop faible, les commerçants peuvent préférer ne plus vendre leurs marchandises. Les pénuries risquent alors de s'aggraver.
Troisième problème : le développement d'un marché clandestin où les produits s'échangent plus cher que les prix officiels.
Un auteur de l'époque, Lactance, rapporte ainsi des violences et des marchandises retirées de la vente. Son témoignage doit toutefois être considéré avec prudence, car il était hostile à Dioclétien.
L'édit ne parvient finalement pas à enrayer durablement l'inflation.
Il faut cependant éviter une conclusion trop simpliste : tous les contrôles des prix ne sont pas nécessairement inefficaces. Leur succès dépend notamment de leur durée, de leur ampleur et des causes de l'inflation.
Mais l'expérience romaine illustre une difficulté fondamentale : interdire l'augmentation d'un prix ne fait pas disparaître les raisons économiques qui le poussent à augmenter.
Autrement dit, on peut décréter un prix, mais pas décréter l'abondance.
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Aujourd’hui, nous prononçons le mot « merci » plusieurs fois par jour, presque machinalement. Pourtant, derrière ces cinq lettres se cache une histoire étonnante, faite d’argent, de pouvoir, de chevalerie et même de survie.
Tout commence dans la Rome antique. Le mot « merci » vient du latin merces, qui signifie « salaire », « prix » ou « récompense ». À l’origine, nous sommes donc très loin de la simple politesse.
Dans la société romaine, recevoir un bienfait créait souvent une obligation morale envers son bienfaiteur. Remercier revenait à reconnaître cette dette de reconnaissance. Le philosophe Sénèque consacre d’ailleurs un traité entier, Des Bienfaits, à cette question : comment recevoir un cadeau, exprimer sa gratitude et rendre ce que l’on a reçu ? Attention toutefois : le mot français « merci » n’existait pas encore. C’est son ancêtre latin qui portait cette idée de récompense.
Au Moyen Âge, le mot prend une signification beaucoup plus dramatique.
Dès le IXe siècle, « merci » désigne la grâce, la pitié ou la miséricorde. Sur un champ de bataille, un chevalier vaincu pouvait crier « merci ! » à son adversaire. Il ne le remerciait absolument pas : il le suppliait de lui laisser la vie sauve.
On comprend ainsi l'origine d’expressions encore utilisées aujourd’hui, comme « être à la merci de quelqu’un » ou « sans merci », c’est-à-dire sans pitié.
Mais une autre transformation s’opère au XIIe siècle, avec l’essor de l’amour courtois.
Dans les poèmes des troubadours, le chevalier amoureux se comporte comme un vassal envers son seigneur. Sa dame devient symboliquement sa souveraine. Il lui promet fidélité, accomplit des exploits et espère obtenir sa « merci », autrement dit sa faveur amoureuse.
La merci n’est donc plus nécessairement une question de survie : elle devient une récompense sentimentale.
Enfin, à la Renaissance, aux XVe et XVIe siècles, les usages de cour développent des codes de civilité de plus en plus élaborés. Exprimer sa reconnaissance devient une marque de bonne éducation.
Le sens moderne se diffuse progressivement, même s’il existait déjà au Moyen Âge : une formule de remerciement, « granz merciz », est attestée dès 1135.
Ainsi, ce petit mot a parcouru un chemin extraordinaire : du salaire à la grâce, de la supplication à la reconnaissance.
Et chaque fois que nous disons « merci », nous perpétuons, sans le savoir, plus de mille ans d’histoire.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Avez-vous déjà remarqué que la plupart des crayons à papier et des crayons de couleur possèdent six faces ? Pourquoi cette forme hexagonale, alors qu'un crayon parfaitement rond semblerait plus naturel ? La réponse repose sur deux raisons principales : une question de confort, mais surtout une histoire d'économie industrielle.
Pendant longtemps, les crayons étaient fabriqués artisanalement, souvent avec une forme cylindrique. Mais au XIXe siècle, un Américain nommé Ebenezer Wood va contribuer à transformer leur fabrication.
Installé dans le Massachusetts, Wood est un inventeur spécialisé dans la production de crayons. Il cherche à résoudre un problème : comment fabriquer davantage de crayons, plus rapidement et à moindre coût ?
À cette époque, chaque crayon nécessite plusieurs opérations. Il faut notamment préparer le bois, creuser un emplacement pour la mine, assembler les différentes parties, puis façonner l'ensemble.
Wood introduit plusieurs innovations, notamment l'utilisation de la scie circulaire et de machines permettant d'automatiser certaines étapes.
Il développe également des crayons à six ou huit faces.
Et cette idée présente un avantage économique considérable.
Pour comprendre, dessinez plusieurs cercles côte à côte sur une feuille. Vous constaterez qu'il reste nécessairement des espaces vides entre eux.
Maintenant, faites la même chose avec des hexagones. Cette fois, les formes peuvent s'emboîter parfaitement, sans laisser d'espace.
Dans la fabrication industrielle, cela permet d'optimiser l'utilisation des planchettes de bois et de réduire les pertes de matière. On peut donc produire davantage de crayons avec une même quantité de bois.
Mais l'hexagone présente aussi plusieurs avantages pratiques.
D'abord, il empêche le crayon de rouler facilement sur une table. Un crayon rond, posé sur une surface légèrement inclinée, risque de tomber. Un crayon hexagonal reste beaucoup plus facilement immobile.
Ensuite, ses six faces offrent une meilleure prise en main. Les doigts disposent de surfaces planes sur lesquelles s'appuyer, ce qui facilite le contrôle du crayon lorsqu'on écrit ou dessine.
Enfin, cette forme permet de ranger les crayons de manière compacte, sans perdre trop d'espace dans les boîtes.
Ebenezer Wood ne breveta pas ses innovations et partagea ses techniques avec d'autres fabricants, notamment ceux qui allaient contribuer à l'essor de l'industrie américaine du crayon.
Bien sûr, les crayons ronds existent toujours, tout comme les crayons triangulaires, particulièrement appréciés pour leur ergonomie.
Mais l'hexagone s'est imposé comme le meilleur compromis entre économie de fabrication, confort d'utilisation et facilité de rangement.
Ainsi, derrière un objet aussi banal qu'un crayon se cache une véritable petite révolution industrielle.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. Pourquoi Victor Hugo a-t-il donné le nom de Thénardier aux personnages des Misérables ?
19/10/2026 | 2 mins.Dans Les Misérables, publié en 1862, les Thénardier comptent parmi les personnages les plus détestables de la littérature française. Aubergistes malhonnêtes, cupides et cruels, ils exploitent notamment la petite Cosette, qu'ils traitent comme une domestique. Mais saviez-vous que leur nom serait inspiré d'un personnage ayant réellement existé ? Et que Victor Hugo aurait ainsi réglé un vieux compte personnel ?
Pour comprendre cette histoire, il faut remonter au XIXe siècle et s'intéresser à un homme aujourd'hui largement oublié : Louis-Jacques Thénard.
Né en 1777, Thénard est un chimiste français extrêmement célèbre à son époque. Membre de l'Académie des sciences, il a notamment découvert l'eau oxygénée en 1818 et mis au point un pigment toujours utilisé aujourd'hui : le bleu de Thénard, également appelé bleu de cobalt.
Mais ce scientifique reconnu mène aussi une carrière politique. Devenu baron, puis pair de France en 1832, il siège parmi les conservateurs de la monarchie de Juillet.
C'est précisément dans ce domaine qu'il entre en conflit avec Victor Hugo.
L'écrivain, profondément préoccupé par la misère et l'exploitation des plus vulnérables, défend une amélioration des conditions de travail des enfants.
À cette époque, certains enfants travaillent jusqu'à seize heures par jour dans les manufactures. Hugo souhaite ramener cette durée à dix heures. Mais Thénard s'oppose à cette réduction.
Cette opposition aurait profondément marqué l'écrivain.
Lorsqu'il imagine ses personnages des Misérables, Hugo aurait donc choisi de transformer le nom de Thénard en Thénardier, pour désigner un couple qui exploite précisément une enfant.
Et cette interprétation n'est pas une simple supposition moderne. Elle est notamment rapportée dans une publication de l'Académie des sciences.
Plus intéressant encore, Hugo semble avoir laissé un indice directement dans son roman.
À la fin des Misérables, Thénardier adresse une lettre à Marius dans laquelle il évoque explicitement le véritable baron Thénard, membre de l'Académie des sciences. Il prétend même porter le même nom que lui.
Cette référence directe rend le rapprochement particulièrement convaincant.
Il reste toutefois difficile de prouver que la vengeance personnelle fut l'unique motivation de l'écrivain.
Mais l'ironie est remarquable : alors que Louis-Jacques Thénard espérait passer à la postérité grâce à ses découvertes scientifiques, son patronyme est aussi devenu, sous la plume de Victor Hugo, le symbole de la cupidité et de l'exploitation des enfants.
Une vengeance littéraire qui dure depuis plus de 160 ans.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.- Le 13 mars 2012, au Texas, la police américaine arrête un automobiliste. Il s'appelle Israel Keyes, il a 34 ans et travaille dans le bâtiment. Derrière cette apparence ordinaire se cache un tueur en série particulièrement atypique, soupçonné d'avoir assassiné onze personnes à travers les États-Unis.
Mais pourquoi son cas est-il si particulier ?
D'abord, parce que contrairement à de nombreux tueurs en série, Israel Keyes ne semblait pas avoir de profil de victime privilégié.
En effet, les enquêteurs recherchent souvent des points communs entre les victimes d'un même criminel : leur âge, leur sexe, leur apparence ou leur situation sociale. Ces ressemblances peuvent permettre de relier plusieurs affaires.
Or, Keyes s'attaquait aussi bien à des hommes qu'à des femmes, parfois à des couples. Ses victimes étaient souvent choisies au hasard, sans aucun lien personnel avec lui.
Autre particularité : son extraordinaire anticipation.
Keyes pouvait préparer ses crimes plusieurs années à l'avance. Lors de ses déplacements, il dissimulait dans différents endroits des États-Unis ce qu'il appelait des « kits de meurtre » : des caches contenant notamment des armes, des outils et de l'argent.
Certains de ces équipements pouvaient rester enterrés pendant deux ans avant d'être utilisés.
Il voyageait ensuite sur de longues distances pour commettre ses crimes. En 2011, par exemple, il quitte l'Alaska, prend l'avion jusqu'à Chicago, puis parcourt environ 1 600 kilomètres en voiture pour rejoindre le Vermont.
Là, il assassine Bill et Lorraine Currier, un couple qu'il ne connaissait absolument pas.
Cette dispersion géographique compliquait considérablement le travail des enquêteurs. Les crimes commis dans différents États pouvaient sembler totalement indépendants.
Mais malgré ces précautions, Keyes finit par commettre une erreur décisive.
En février 2012, il enlève et assassine Samantha Koenig, une jeune femme de 18 ans qui travaillait dans un kiosque à café en Alaska.
Il réclame ensuite une rançon à sa famille et utilise la carte bancaire de sa victime pour retirer de l'argent dans plusieurs États américains.
Or, ces retraits permettent aux policiers de suivre ses déplacements jusqu'au Texas, où il est finalement arrêté.
Pendant ses interrogatoires, Keyes reconnaît plusieurs crimes. Mais le 2 décembre 2012, il se suicide dans sa cellule, emportant avec lui une grande partie de ses secrets.
À ce jour, seules trois de ses victimes ont été formellement identifiées.
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